lundi 28 juin 2010

Je vous ai déjà dit que... [3]

... Que je comptais bien revenir parmi vous ?

Peut-être sous une autre ligne éditorial, et puis, on va essayer de passer au Wordpress prochainement, le format me satisfait plus, mais en attendant, je vais vous faire partager mon état du jour par l'intermédiaire de ce clip d'un groupe que j'aime beaucoup : Shout Out Louds avec une chanson de circonstance : The Comeback

Donc : enjoy !

vendredi 14 mai 2010

Ma Las Vegas Parano (mais comme on n'a pas les moyens, on se limitera au Sud de la France)

Au départ, rien ne préparait notre pauvre petit héros malgré lui –que pour des raisons de narrations, nous nommerons ultérieurement "petit homme"– à entrevoir ce qu'il allait vivre dans ce qui s'apparentait le plus aux 24 prochaines heures de son existence.

Le héros, on le connaît bien. Et soyons honnêtes, il pourrait affronter des dragons, des armées de revenants ou une horde de fans de Dimmu Borgir à mains nues, entravé par des chaînes de plusieurs tonnes, avec comme contrainte de tenir le monde en équilibre sur l'extrémité de son petit orteil gauche, qu'il en rirait encore, mais par contre, face à quelques microgrammes d'une toute petite molécule chimique, il en mène pas large !

Mais commençons par le commencement. Lorsque l'histoire est sur le point de débuter, notre héros se voit proposer de venir passer un week-end particulièrement exaltant quelque part en dehors de sa chère capitale qui commence quelque peu à l'opprimer. Exaltant, car il sait qu'il aura l'occasion de voyager au travers une nouvelle expérience psychédélique ; milieu riche en réponse pour qui sait poser les bonnes questions. Et, à ce moment précis, le petit homme a besoin de réponses.

L'expérience, il l'a déjà faite. À plusieurs reprises. Le processus est plus ou moins toujours le même. À chaque fois, on essaye de bien chiader l'affaire. Certaines personnes sont persuadées que les "junkies" sont des abrutis irresponsables incapables d'assumer les conséquences de leurs actes, et qui vendraient père et mère pour se fournir leur cam'. Sans doute est-ce le cas pour certains. Mais l'on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il s'agit le plus souvent d'un archétype hollywoodien du "drogué" qui tend à relayer une image négative dans certains (excellents) films comme Taxi Driver ou More. Le petit homme n'est jamais aussi consciencieux que lorsqu'il se prépare à partir faire une balade mentale.

C’est toujours la même chose. Il commence par préparer un goûter –parce que les expériences gustatives, c'est important. Ensuite, il faut vérifier qu'il a bien acheté ses deux litres d'eau par personnes ; c'est un minimum pour éviter la "gueule de bois" le lendemain. Enfin, et selon la durée du voyage, il prévoit parfois un dîner, histoire de se remplir la panse et revenir sagement à la réalité. L'indispensable, c'est bien évidemment la petite playlist pour favoriser le passage, voire se faire des petits labyrinthes mentaux.

Il y a une règle à laquelle toute entité qui désire prendre une quelconque substance avec le petit homme doit se soumettre. LA règle : il faut promettre alors de couper toute interface avec le monde réel. C'est une règle élémentaire, une règle de survie.

Ce samedi après-midi, il y avait trois individus –deux entités frères et une entité soeur– ; tout autant à enfreindre la règle, prêts à affronter d'éventuels démons. Sauf que cela, aucun des deux autres ne le savaient, bien évidemment ; et c'est là que commence le problème.

Une fois que tout est prêt, il y a le rituel. On prend le petit biscuit de deux gouttes, et on le met dans la bouche, avec l'impression d'être Alice se jetant dans le terrier du lapin. Les effets ne mettent pas longtemps à se faire sentir, et très rapidement, le petit homme mène son petit bonhomme de chemin d'expérience, et tout se passe, ma foi, pour le mieux. Les autres entités interagissent peu avec lui, mais c'est toujours très amusant. Il est rare que leurs échanges durent plus d'une ou deux phrases, souvent sibyllines pour quelqu'un d'extérieur, mais contenant la quintessence d'une puissante réflexion pour d'autres « voyageur ». Chacun est dans son monde et ces mondes rentrent assez peu souvent en contact.

Après quelque temps ("mais combien déjà ?") survient le tilt. On a perdu quelqu'un dans l'affaire ; à priori, l'autre entité mâle : Frère. Vaguement inquiet, le petit homme décide d'en parler à Soeur. Lorsqu'il la trouve, cette dernière est en train de tourner en boucle au téléphone avec une tierce personne. Cette tierce personne semble ardemment désirer s'entretenir avec notre héros. Pour faire clair, RIEN n'aurait pu être pire à ce moment précis. Rien ? malheureusement, ils allaient apprendre que si.

La tierce personne, une étrange Voix au téléphone, est inquiète. Pourquoi ? Honnêtement, aucune idée. Certainement pour la même raison que la pierre est en train d'expliquer au petit homme pourquoi il suffirait de créer une cosmogonie entièrement minérale, purgée de toute humanité et de toute organisme vivant, ou que chaque note qu'il peut jouer au piano se transforme en une corde qui fait de lui un pantin actionné par une sorte de génie grimaçant. La Voix ne semble pas savoir qu'il suffit de prétendre être un caillou visiblement. Elle pose des questions beaucoup trop terre-à-terre pour que le petit homme les relève. Il préfère discuter avec le sol en marbre ; il reste, comme d'habitude, très à l'écart de tout ça. Son ego est très, très loin, protégé, certainement, quelque part.

Le problème, c'est que Frère est toujours absent, et que peu importe le nombre fois qu'il raccroche le téléphone, Soeur s'acharne à appeler la Voix, qui pose sempiternellement les mêmes questions. Persuadé qu'il s'agit d'un enregistrement placé là pour le détourner de sa mission –qui consiste à sauver le monde en mangeant du gâteau au chocolat–, le petit homme, très en colère, finit par raccrocher une fois de plus. Une fois de trop.

Une fois de trop, oui, car la Voix semble prendre la situation très au sérieux. Et ce n'est que lorsque le petit homme réalise que la porte d'entrée n'est plus fermée, et qu'il y a des gyrophares à l'extérieur, qu'il commence a avoir peur. Ou pas. Après tout, il est sans doute en train de rire assis à la table de la cuisine, à manger un bout du gâteau au chocolat qu'ils ont préparé avec amour (et qui doit lui permettre de sauver le monde, n'oublions pas !). Il ne peut pas sérieusement se trouver dans cette entrée exiguë à parler à des agents de la maréchaussée de la prise de psychotropes de deux personnes sur les deux présentes à l'appart ("ai-je dis deux ?(merde, où est passé le troisième ?(ha oui, c'est vrai, rien de tout cela n'est vrai, je suis dans ma tête ! (suis-je con)))"). Ce serait parfaitement grotesque, et complètement stupide.

Mais essayons d'avoir un rapide coup d'oeil sur l'ensemble : vu de l'extérieur, ça donne ça :

La police est dépêchée au 8 avenue quelque chose dans une quelconque ville du sud de la France, et, avouons-le, tout le monde s'en fout que deux personnes aient pu prendre une quelconque dose de quoi que ce soit (qui n'engage pas le processus vital, ni même mental, dans l'affaire, ne soyons pas débiles non plus !). Sauf qu'ils ont un job, qu'ils font, de manière respectable, et lorsqu'ils entendent certains mots, cela provoquent chez eux certains réflexes (sommaires, pour ne pas dire butés et conditionnés uniquement dans le but de prouver que les forces de l'ordre peuvent être très bêtes, n'ayons pas peur des mots).

Très rapidement, dans la tête du petit homme se forment les gros titres tels qu'on aurait pu les lire dans n'importe quel tabloïd racoleur : "un couple d'étudiant consomme DE LA DROGUE ! La compagne est envoyée au service des urgences psychiatriques pendant que la police pense avoir ferré le plus gros dealer de la ville et de ses environs ! Plus de précisions en page 3, juste après le bébé qui mange le chien de sa mère "ex-star vaguement connue qu'en fait on est pas vraiment sûr que c'est elle, mais bon, avec la lumière, on pouvait pas trop savoir", et avant la vérité sur OBAMA et la conspiration reptilienne."

la situation telle qu'elle sera décrite dans le rapport du sergent "je-fais-un-excès-de-zèle" : nous sommes rentrés d'office et sans mandat dans un domicile après avoir reçu un coup de fil d'une tierce personne (autant dire : la Voix) et nous avons appréhendé un "couple" (terme à définir ultérieurement) en "possession" de stupéfiants, et manifestants des signes de prise au cours des dernières heure. nous avons appelé les urgences. Les pompiers semblaient coutumiers de la situation, et ont décidé d'emmener la "victime" de sexe féminin en surveillance. Pendant ce temps, nous avons interrogé la "victime" (avec une gros point d'interrogation que souligne admirablement le sourcil froncé du sergent "peu-importe-son-nom" au moment où il considère le petit homme) de sexe masculin. Nous avons décidé de le cuisiner (comme des salauds) avant de décider de l'amener pour la forme, au poste.

La situation dans la tête du petit homme : rhaaaa, putain, c'est pas possible, on aurait voulu me faire le coup du mec qui se fait prendre là où il fallait pas, je vous jure, j'aurais choisi la même gueule du pompier sympa tout droit sorti d'un calendrier pour le nouvel an !

À ce stade-là, le petit homme est encore plus persuadé que tout n'est qu'une farce mentale. Et RIEN ne semble lui prouver le contraire. Les flics sont de mauvais acteurs, qui sortent leurs répliques dans n'importe quel ordre. Il y a le méchant flic et la gentille fliquette, tous deux affublés de têtes caricaturales au possible. D'ailleurs, le petit homme est sûr à 200%, et il miserait sa mère sur l'affaire s'il le fallait, qu'il a déjà vu ces têtes sur la couverture d'une quelconque bande dessinée narrant les désopilantes histoires de deux policiers. Lorsqu'ils arrivent, les pompiers ont VRAIMENT l'air d'être sympa, prévenants, professionnels, tout comme il faut. Ils posent les bonnes questions, ont les bons gestes, assurés, rassurants. Ils sont à l'opposé des agents des forces de police. C'en est tellement cliché, que le petit homme se retient de faire le moindre commentaire quant à la réalité de la chose, et attend bien sagement de savoir quelle espèce d'énormité son cerveau va encore être capable de générer. En fait, s'il n'ouvrait pas sa gueule pour montrer au méchant sergent son ignorance en matière de substances psychoactives, les deux agents présents sur place le laisseraient certainement partir comme s'il n'avait jamais été là, bien qu'ils semblent tous deux persuadés avoir mis la main sur un gros dealer tout droit descendu de Paris pour semer la merde dans le Sud –qui n'a pas vraiment besoin de lui pourtant.

Mais bon, comme tout ceci n'est qu'une farce, allons-y pour la voiture, avec les gyrophares, et tout le reste. C'est joli les couleurs après tout.

Pour précision, nous dirons à notre lectorat que le voyage a commencé aux environs 15h, et qu'il est un peu plus de 17h au moment ou le petit homme quitte l'appartement pour suivre nos Dupont et Dupond improvisés. Seulement.

Arrivé aux urgences, où on l'a amené pour veiller sur Soeur Le petit homme se dit que son trip pourrait être plus original tout de même. La petite interne ressemble à une amie, et le médecin à la gueule d'un second rôle de Jeunet. Ou de Tarantino... Enfin, quelque part au moment où il croise Capra. Et lorsqu'il décide que les policiers, c'est très amusant, mais qu'il aimerait bien voir ailleurs, ces derniers décident soudainement que la farce a assez duré, et lui restituent ses papiers, le sermonnent, vaguement, en lui faisant promettre de ne plus recommencer, puis s'en vont, sans autre forme de procès.

Alors le petit homme s'en va explorer les rues fantasmées d'une ville qu'il n'a jamais vu !

Et il n'est pas déçu du détour ! Tout y est tellement pleins de couleurs, de résonances, de sensations, de fêtes fiévreuses et fastueuses, qu'il est conforté dans l'idée d'être toujours allongé quelque part dans un appartement, situé dans une vraie ville, pas ce simulacre en carton qu'il reconstitue en fonction de ces souvenirs diffus. Et franchement, vous auriez vécu ce qu'a vécu le petit homme, comment auriez-vous pris la chose ? Lorsque, comme le petit homme, on devient un milliard de choses, l'esprit qui lie chaque être présent à un moment donné, que l'on devient, même une sensation, la sensation du goût par exemple, ou même, plus que cela, un concept, RIEN ne vous facilite le retour à la réalité.

Et puis soudain, le petit homme se rappelle qu'il a allumé son interface avec le monde réel. ou plutôt, cette interface le lui rappelle-t-elle lorsqu'elle vibre dans sa poche. À ce moment exactement, le *ting ting* d'un tram le frôle. S'il n'y avait pas eu cette vibration, ce simple message, ce "mais qu'est-ce qu'il se passe", le petit homme aurait continué sa route. Et il n'aurait sûrement pas remis les pieds sur terre, l'instant où il le fallait, pour comprendre que tous les éléments autour n'étaient pas dépendants de son bon vouloir. Au contraire certains étaient clairement hostiles, et se plaisaient à le lui rappeler à grand renfort de sons et de bruits dissonants qui allaient mal avec le décor. Il n'aurait pas réalisé qu'il était EFFECTIVEMENT dans les rues d'une quelconque ville du Sud, à 19h30, ce qui tendait à confirmer qu'une autre personne présente au début du voyage était à présent aux urgences, et qu'il se retrouvait tout simplement paumé, sans point de repère, après avoir erré dans les rues d’une zone inconnue pendant 1h. Seulement ! Et franchement, si l'on montre ce que le petit homme a vu dans une agence touristique à n'importe qui, ce dernier signe pour y partir directement. Et verse un supplément. Cash !

Après bien des efforts, des détours, des explications attentives de la part de l’entité parisienne, le petit homme retrouve le chemin de l’hôpital. Le retour aux urgences se fait calmement, les personnes semblent compréhensives, et on arrive, petit à petit, même si c'est dur (parce qu'il y a toujours des trucs dans le champ de vision, et que ce médecin a DÉCIDEMENT la gueule d'un second couteau dans "on ne sait plus trop quoi"), à raisonner Soeur pour qu'elle tente de se ressaisir et revenir à la réalité. Les médecins laissent même repartir le petit homme et Soeur. Ils peuvent entamer le processus de reconstruction de l'être à travers les rues de la ville, qui ne sera plus tout à fait les mêmes, mais plus tout à fait inconnue non plus.

Ils sont persuadés que la police a déjà mis des scellé sur la porte, que rien ne sera plus comme avant. Pourtant, il n'en est rien. Ils franchissent, presque interdits, le seuil de la porte, encore hallucinés que l'ensemble de l'histoire n'ait pas de conséquences plus néfastes que cela.

La grande question qui planait sur Frère est levée dès lors que le petit homme et Soeur franchissent le seuil de la porte ; accueillis qu'ils ont été par une odeur de nourriture exotique. Un impérieux désir de consommation imminente avait poussé le troisième cuistre en dehors des murs de ce bastion insurmontables.

Lorsqu'ils pénétrent dans le salon, Frère, qui sort alors de la cuisine, les accueille, fort surpris de constater qu'ils n'étaient pas sagement dans leur chambre à finir le grand voyage.

Ironique n'est-il pas ?

samedi 13 mars 2010

Rencontre

Il paraît que je suis mondain. Cette appellation me colle à la peau depuis que je suis arrivé à Paris. Ce qui m'étonne énormément d'ailleurs, encore aujourd'hui. Petit, j'étais l'exemple du type introverti, sympa, mais dans son monde. Un peu caractériel, même, sur les bords. Je n'étais pas ce que l'on peut appeler le type le plus populaire de ma classe ; pas vraiment de ceux qui sortent jusqu'à pas d'heure non plus. Je me souviens que, lorsqu'au lycée mes parents me proposaient la permission de minuit, je leur répondais : "pourquoi faire ? Je ne sors pas..."
Les choses ont changé à présent, mais je ne comprends pas comment. Je n'ai pas vraiment l'impression de m'être métamorphosé. Et pourtant, indubitablement, je sors plus. Certains diront même que je sors trop. Pourtant, je suis toujours casanier. J'aime à recevoir dans mon antre, ou à passer des soirées en solitaire, à lire un bouquin, à faire de la musique, à glandouiller sur mon ordinateur, à écrire, regarder quelques séries ou encore partager mes états d'âmes particulièrement passionnants sur quelque réseau sociaux.

––

C'était une journée tranquille. Un peu étrange peut-être. Il était dans un état second. Il y avait eu une déchirure. Ténue, mais présente. Il y avait eu cet au revoir, inéluctable, terrible, triste à en mourir. Deux ans avait passé à présent, depuis qu'elle était repartie dans sa ville natale. Deux ans à n'avoir d'elle que des nouvelles diffuses. Il pensait s'en accommoder parfaitement ; il comprenait à présent que ce n'était pas le cas.
Il y avait eu cette rencontre, belle, un peu folle, tactile, sensuelle même, mais sans équivoque. Une belle amitié en somme.
Et puis il y eut cet écart un soir, sous les effets de l'alcool, sans réel contrôle.
Elle lui était interdite. Être l'amant ne l'avait jamais dérangé, mais c'était elle. Il ne pouvait pas lui faire cela. Et pourtant, il en avait autant envie qu'elle. Il avait réussi à se ressaisir, à lui dire non. Elle lui en avait voulu, bien sûr, mais le temps aidant, l'avait remercié. Ils étaient fair-play l'un envers l'autre. C'était le là ciment de leur relation.
Un jour, pourtant, elle était partie. Sans vraiment prévenir, sans vraiment qu'il s'avoue que cela le dérangeait, le rongeait même. C'était à peine s'ils étaient restés en contact. Lorsqu'ils s'écrivaient, leurs lettres étaient toujours passionnels, brèves. Comme pour se rassurer, s'assurer que quelque part, quelqu'un pensait à eux. Ils avaient réussi à conserver cette part de réciprocité fragile, enfouie sous le poids de la distance.
Mais le temps passant, les échanges se firent de plus en plus rares. Peut-être s'étaient-il oubliés.
Et voilà que, deux ans plus tard, elle lui annonçait qu'elle montait sur Paris, et que cela lui aurait fait plaisir qu'ils se voient. Sans qu'il s'en rende compte, son rythme cardiaque s'était légèrement accéléré.
À peine s'étaient-ils revus que tout a recommencé. Tout lui paraissait simple, fluide, drôle. Ils se retrouvaient, enfin. Une redécouverte de l'autre, avec des éclats de rire, des confessions, une connivence que ni le temps ni la distance n'avait réussi à entamer. L'après-midi s'est transformé en soirée, puis en nuit, et puis il s'est promis de la raccompagner à la gare. Elle le voulait aussi. C'était rassurant.
Pourtant, il y avait un changement. Lourd. Elle avait rencontré quelqu'un, sa vie était merveilleuse, et elle rayonnait. Quelqu'un qui comptait vraiment pour elle, c'était une première.
Plus tard, dans la nuit, allongés sur le lit de leur hôte improvisé, sa tête posée contre son épaule, à écouter l'arythmie frénétique de son coeur malade que les effluves éthyliques rendaient plus anarchiques encore au travers des épaisseurs successives de ses vêtements en 100 % coton lavable à 60º, il lui avait simplement demandé :
"Entre nous, il y a deux ans, si j'avais osé te dire que tu comptais pour moi, tu serais partie ?"
À quoi elle avait simplement répondu de ces traits acérés, mélancolique et douce, mais effroyablement distante :
"Non... Non, certainement pas non."
Il aurait évidemment préféré ne pas entendre cette réponse ce soir là. Ne pas savoir. L'ignorance n'est-elle pas plus confortable que la vérité lorsque celle-ci vous conforte dans l'idée que votre vie aurait pu être tout à fait différente ? Déjà, il s'en voulait. Déjà, il se relevait, déjà, il fuyait. La culpabilité sourde et les regrets tacites avaient été le juste prix à payer pour le punir d'une témérité oisive. Il rentrait chez lui, seul, légèrement plus lourd que lorsqu'il était parti.
Un peu crânement, un peu connement, il lui avait dit qu'elle aurait pu soigner son cynisme. Elle avait souri. Monde de merde.
Il l'avait raccompagné à la gare. Elle avait l'air aussi paumée que lui. Mais elle repartait vers quelque chose qui lui correspondait. Elle avait trouvé un semblant de bonheur, pour un temps au moins. Et pour une fois, pour la première fois peut-être, il était jaloux.

Alors il était sorti. Le soir, accompagné d'une môme hallucinante, tous deux habillés de noir, bien déterminés à se changer les idées. Quel autre perspective avait-il ? Certainement pas celle de se morfondre dans son coin ; pas lorsque la Môme était là. Et ce n'était de toute façon plus son genre. Veste noire, pantalon noir, gilet croisé sur une chemise anthracite, cravate à rayure noire et violette, bagues en argent assorties au pommeau de la canne qu'il avait décidé d'apporter avec lui tandis que son acolyte avait revêtu un pantalon en cuir à faire se damner un Hell's Angel, un pull tombant sur un décolleté impressionnant que son haut semblait s'acharner à lui conférer, une moue mutine le cheveux plus sombre que l'ébène ; soyons honnêtes : ils avaient un certain style. Et ils se complétaient bien. Tout du moins, c'est ce que la Môme n'arrêtait pas de lui assurer, même si "confiance en soi" n'était pas vraiment l'expression qui le caractérisait le plus.

Terrain connu, visage familier ; rencontres, compliments, échanges rapides sur tout et n'importe quoi, séduction sommaire de tout ce qui passe à sa portée, homme comme femme : le type de soirée parfaite pour se remonter le moral.
Et puis, au milieu de toute cette effervescence fiévreuse, de cette cacophonie brutale, au sein de cette arène sociale, de ce combat d'influences, fait d'alliances et de dominations tacites, survient ce petit temps d'arrêt ; celui où les gestes se figent, où les choses semblent arriver au ralenti, comme dans les films, avec un petit effet de brume qui sature les contrastes ; le petit effet kitschouille bien dégueulasse qui donne envie de vomir. Il le croisa sans le vouloir. Un regard incroyable. Il la connaissait, elle, non. il passait devant pour tenter maladroitement de créer un semblant de réaction. Elle n'en manifesta aucune. Il était interloqué. Le regard aurait-il était trompeur ?
Il fit le tour du bar. Pour commander initialement. Et puis il la vit, à nouveau. Elle semblait perdue. Elle avait quelque chose d'indéfinissable, une lueur d'intelligence mâtinée d'effronterie, et semblait, en même temps, posséder quelque chose très fragile. De quoi faire fondre immédiatement jusqu'à la dernière de ses défenses. Comme si elle avait eu besoin de cela.
La serveuse lui avait fait signe par trois fois, sans qu'il s'en soucia le moins du monde. Peu lui importait. Il n'arrivait pas à détacher d'elle son regard. Pas plus lorsqu'elle lança, à plusieurs reprise, un coup d'oeil furtif dans sa direction. Elle semblait apeurée. À sa décharge, il la fixait, et il avait lui même cette impression : celle d'être un prédateur devant une proie offerte. Sensation relativement nouvelle, et terriblement exaltante. Elle prit son verre qui n'aurait jamais du arriver, régla, puis retourna se noyer dans la masse. Il l'avait perdu. Il avait finalement daigné faire un signe à la serveuse qui avait eu l'indécence de le retirer à sa rêverie.
Je suis toujours persuadé qu'il existe un dieu d'une infini clémence qui vous donne un petit coup de pouce lorsque cela est nécessaire. Il se manifesta ce soir pour notre protagoniste sous les traits d'un ami commun.
Une fois qu'il eut pu engager un semblant de conversation avec la belle demoiselle, une journée de frustration sembla s'évacuer par le truchement de ses cordes vocales qui, une fois n'est pas coutume, eurent la bonté de manifester leur présence et leur utilité en dispensant une logorrhée inspirée dont les mots, mis bout-à-bout, avait la surprenante particularité de bien vouloir créer des phrases cohérentes, bien que parfois relativement emportées. Par superbe, par incroyable même, serais-je tenté de dire, la fille au regard félin avait ri. il avait ri de concert sans trop savoir pourquoi.
Ils étaient allés dîner dans un Grec ou un Turque, ou peu leur importait finalement l'origine douteuse de la viande grasse que leur estomac avait tenté d'assimiler ce soir là. Elle était repartie. Ils devaient se revoir deux jours plus tard. Pour manger des glaces, quelque chose dans le genre. Improbable. Et il ne voulait toujours pas croire que l'accroche avait été réciproque. En avait-il ne serait-ce que le droit ?

Il était rentré cette nuit, seul, à nouveau. Mais contrairement à la veille, Il était plus tranquille. Presque serein. rasséréné en tous cas. Elle avait réussi à éloigner complètement ses questions du jour. Finalement, la seule chose qui lui importait à présent, c'était : comment allait-il s'arranger pour que cette jolie jeune femme accepte de venir boire un verre avec lui ?

mercredi 3 mars 2010

Les femmes : mode d'emploi et avis nº1

Avez-vous déjà remarqué qu'il n'existe rien de plus prévenant qu'une femme. Oh, Les mauvaises langues seront tentés, certainement, de dire qu'elles sont prévoyantes, calculatrices, machiavéliques. J'aurais tendance à préférer penser qu'elles agissent de cette manière par instinct de survie. Car, à n'en point douter, la femme survivrait à l'homme si celui-ci venait un jour à disparaître, malgré tout ce qu'elle a entrepris au cour des siècles pour tenté de le convaincre du contraire.

Mais nous nous égarons, et je vois déjà, mes chers petits amis, que vous ne voyez pas exactement où je veux en venir...

Amis de la gent masculine, ne vous êtes-vous jamais retrouvés face à des femmes qui tentaient de vous prévenir, faible créature que vous étiez, qu'elles n'étaient pas ce qu'elles vous montraient ; qu'elle avait déjà pris soin, sous leur trait le plus arachnéen, de tisser une toile dans les mailles de laquelle vous étiez déjà pris au piège, sans même vous en rendre compte ? Et que c'était peut-être seulement la dernière lueur d'humanité qui subsistait en elle qui tentait de vous protéger, de vous mettre en garde ; car, n'en doutez surtout pas, vous alliez souffrir.

Cette attitude (maintes fois étudiée par votre serviteur ; si si, je vous assure qu'il sait, lorsqu'il le faut, prendre des risques) démontre au moins deux choses :
1) Que les femmes sont incapables de profiter de l'instant présent –dans tous les cas bien moins que les hommes– et que, pour se protéger, elles sont tout de même capable de bien se pourrir la vie. Au final, je ne sais pas quel est le plus intéressant. Mon pragmatisme me pousserait à pencher pour la solution de facilité.
2) Que quelque part, dans le processus de soumission feinte à l'homme, la femme s'est faite prendre à son propre jeu. Non seulement elle a inventé le prince charmant pour flatter l'ego surdimensionné du mâle, mais en plus, et surtout, y croit-elle toujours –ce qui dénote une candeur et une naïveté touchante si l'annonce n'arrive pas à un moment particulièrement peu opportun.

Il doit encore y avoir quelques corollaires relativement intéressants à tirer de ce simple constat, mais la conclusion à laquelle je souhaitais venir est la suivante : Mesdemoiselles, je vous en prie, faîtes des hommes des esclaves sexuels si cela vous chante, mais par pitié, cessez d'être chiantes en essayant de préparer vos arrières pour passer pour la gentille fille qui prévient avant. Vous n'en serez vous aussi que plus libérées.
Pendez-moi si vous le souhaiter, pour salir mon blog de cette phrase ; Celle de tous les poètes maudits qui en ont oublié le sens profond ; la phrase des désespérés, des procrastinateurs, des oisifs, des utopistes, mais également des jardiniers, des latiniste en herbe et des académiciens en gerbe : putain de bordel de merde, "Carpe diem" ! Et arrêtez de me faire chier maintenant.

samedi 30 janvier 2010

Je vous ai déjà dit que... [2]

J'allais au carnaval de Venise ?

Ainsi donc, si vous vous demandez pourquoi je ne poste pas grand chose ces derniers temps, attendez un peu de voir mes costumes pour comprendre !

Soyons clairs : le carnaval de Venise génère un milliard de fantasmes dans l'esprit du commun des mortels (dont votre serviteur, malgré sa quasi perfection, fait partie) ; avoir la chance d'y assister au milieu de personnes qui en font la réputation depuis les vingt, trente, quarante dernières années, costumé comme il se doit, non pas comme un touriste, mais comme un acteur actif, est une chance unique, inespérée, et que l'insouciance de mon jeune âge me permet de saisir avec toute la désinvolture nécessaire. Et puis, si l'on considère l'investissement de temps et d'argent consacré à la réalisation des accessoires, des divers habits, et au voyage en lui même... Bref, vous comprendrez que je bous d'impatience à l'idée de m'ébattre au milieu des badauds esbaudis pendus à mes basques, batifolant comme un beau diable ! Je tendrai le bâton pour que l'on me batte si je ne vous abreuve pas de beaux clichés qui vous sortirons de la banalité basique de votre existence misérable (je n'en pense pas un mot, mais il me fallait bien continuer cette allitération en b).

Car soyez rassurés, il y aura des photos. Du carnaval, des costumes, des palais... Tout ce qu'il me sera possible de vous fournir. C'est dit !

lundi 18 janvier 2010

Je vous ai déjà dit que...


Je joue un peu de musique. Ho, pas assez à mon goût, mais enfin, entre mes multiples activités de super héros, de pêcheur de perle en Indonésie et d'homme fusée dans un cirque du côté de Vladivostok, j'arrive à me ménager quelques instants pour me consacrer à cette exigeante maîtresse.

Donc si vous voulez entendre mes petites reprises de l'ami Bob Dylan, vous cliquez sur ce lien, , oui, ici, parfaitement, celui-là même !

À venir, bientôt (et maintenant que j'ai découvert soundcloud par l'intermédiaire de monsieur Adrien Larouzée de labuanderie.net, je compte bien continuer à y poster des petits trucs de temps à autre) des compositions persos, avec des vrais morceaux de fruits dedans ! Et déjà, je sens que vous n'en pouvez plus d'attendre...

Vivement que j'ai un tout petit peu plus de temps pour vous poster des écrits incroyables et rattraper mon retard, déjà conséquent.

À bientôt mes chers petits amis !

dimanche 10 janvier 2010

[Chaîne] Les sept péchés musicaux : Colère

Il en aura fallu du temps pour la finir cette chaîne (commencée ici, rappelez-vous !). Je ne sais pas trop pourquoi. J'avais pourtant plus de chanson qu'il n'en faut pour vous parler de la colère, un sentiment qui est loin de m'être étranger. Sans doute y en avait-il trop pour que sois en mesure d'en choisir une. Il fallait qu'elle surgisse d'elle-même. Je ferai l'amalgame facile entre colère qui a pour synonyme "anger" en Anglais et le terme qu'on utilise pour désigner le péché, "wrath", qui est plus proche de l'ire divine que du simple emportement.

Il m'a donc fallu attendre. Et puis, ce soir, je ne sais pas trop pourquoi, j'ai eu cette envie d'écouter Brel. J'adore Brel. Pour ses textes, bien sûr, pour ses chansons, forcément, mais également parce qu'il possède une faculté assez peu commune. Celle de me faire vibrer, frissonner de tout mon être par un simple changement d'intonation. Normalement, seuls quelques solistes lyriques me font cet effet. Il fait pour moi partie de ces chanteurs qui sont les seuls à pouvoir livrer l'interprétation de leur oeuvre. Aucun autre que Brel ne peut en chanter.

Bref, je divague, comme à mon habitude. Mais que voulez-vous, on parle tout de même de l'artiste francophone que j'apprécie le plus.

Or donc, pour conclure cette chaîne, je n'ai rien trouvé de mieux que la chanson des vieux amants, sublime parmi les chansons d'amours contrariés, tumultueux, impossibles, retrouvés, lassés, et finalement aussi improbables qu'ils sont nécessaires. C'est l'abandon, la fin de la lutte, la reconnaissance de l'amour pour ce qu'il est, pour ce qu'il aurait toujours du être. C'en est tout simplement beau. C'en est à deux doigts, je peux vous l'assurer, de générer chez moi des sentiments qui me sont inconnus.

Mon choix pourra vous paraître déplacé. Mais Brel saura vous convaincre. Au pire, vous aurez écouté une des plus belles chansons qui soit. Ha mais ! Et on dira que je ne pense pas à vous...

Vous étiez au moins...