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jeudi 21 avril 2011

Il était une fois Twitter

Un petit oiseau bleu, un gazouilli, un outil social devenu quasiment indispensable dans le milieu informatique, je ne vous présenterai pas Twitter ici. Je me contenterai de jouer les “vieux cons nostalgiques du web“. Parce que oui, je vous l’affirme : il y a eu une période faste de twitter, aujourd’hui révolue.

Honnêtement, Twitter, j’y ai cru. Longtemps. Je m’y suis moi-même mis relativement tard, après en avoir pas mal entendu parlé, autour de janvier 2009. Au début, comme tout un chacun, j’étais bien en peine de voir l’intérêt de cet outil qui ressemblait plus à une tour d’ivoire qu’à un réseau. Certes, vous apercevez les gens s’ébattrent joyeusement, mais personne ne semble faire attention à vous. Vous multipliez les followings, sans recevoir de followers en retour. Frustrant.

Donc, comme vous tous, j’en suis sûr, j’ai essayé, et puis j’ai arrêté, pendant à peu près deux mois. Je lançais un tweet par-ci par-là comme on lancerait une bouteille à la mer. Cela me rendait, n’ayons pas peur des mots, malheureux ; malheureux car j’avais déjà noté le potentiel qui se cachait là, pour peu que l’on connaisse les bonnes personnes.

Et puis je m’y suis remis, et petit à petit, j’ai commencé à interagir avec les uns, les autres, à me trouver quelques similitudes assez étonnantes. Je retrouvais cette dimension oubliée avec facebook, d’anonymat. Je suivais, bien évidemment, des personnes que je connaissais dans la vraie vie, mais j’avais réussi à me redéfinir en tant que personnalité numérique (cf. cet article). Avec un peu de pratique, tout y est plus simple, sans fard, sans prétention. Twitter promet de réinventer le journalisme, le partage de l’actualité, tout en permettant à chacun de piocher l’information où il le désire. En plus de cela, il fait tourner les lolcats personnes.

En juin, les pt’tits gars de chez Weelya, @Un_geek @Paraboul et @Psish (anciennement @jchavarria), mettent en place un chat IRC via twitter. Dès lors, les rencontres se multiplient, et ce petit groupe lance quelques concepts désopilants, alors largement suivis. Je me souviens avec émotion de ces quelques heures où tous nous avions mis pour avatar une star de série TV des années 70-80. Haaaaa, mes chers petits amis, que de moment de joie nous avons partagé alors, bien avant les “journées à thème“.

Et puis, fin 2009, coup de mou assez général. Après un “mois du zombie“, suivi d’un “mois du roux“ lancé par @ToitagL @Ilagee_II (anciennement @Ilagee), et votre serviteur, twitter est en perte de vitesse. J’ai déjà conscience que j’ai passé trop de temps à rencontrer des personnes avec qui je ne partage finalement pas autre chose que la virtualité, et la vague de nouveaux arrivants tend à m’indisposer. Passons sur les trolls tardifs, il y en a de tout à fait plaisants, mais voilà, Twitter va souffrir, en France, de trois phénomène, qui en ont amorcé le déclin.

Pour commencer, Twitter devient mainstream. Début 2010, il s’ouvre à toute une frange de la population qui se fout vertement de ses avantages. Drague lourde, attaques mesquines, petit à petit, votre timeline Twitter se transforme en une sorte de chat caramail. Cela dépend de qui l’on suit me direz-vous, et je vous cède ce point. Mais il entraîne un corollaire intéressant : cessez de suivre quelqu’un, et dernier prendra cela comme un coup de poignard dans le dos, un « déni d’amitié virtuelle ». De biens grands mots, somme toute.

L’ouverture de twitter induit un autre phénomène : lorsqu’on partage sa vie sur twitter, il FAUT se rencontrer, et être TRÈS nombreux. Je me souviens, fut un temps, de quelques appels lancés pour se retrouver entre joyeux (mais surtout curieux) drilles, avec pour but d’essayer un restaurant, ou de se boire un godet ; Créer quelques instants de convivialité mais sans aucune commune mesure avec ce que cela a pu devenir. Dorénavant, pas une semaine ne se déroule sans un aperitweet, twapéro, twestival, j’en passe et des meilleurs. On va me reprocher d’être hypocrite ; il est vrai, après tout, que j’ai rencontré ma chère et tendre par l’intermédiaire de telles soirées. Mais avouez qu’entre passer sa vie à traîner entre “twittos“, et se retrouver épisodiquement faute de mieux, ou de plan, il y a un monde. Et toute cette clique bien pensante de bisounours ne tolère, qui plus est, pas la critique. Si l’on ne participe pas, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. C’est vrai, enfin, passer le plus clair de son temps derrière un ordinateur a toujours été un facteur d’émancipation et d’ouverture aux autres ! Suis-je bête…

Enfin, dernier phénomène : l’appropriation de l’outil par les journalistes et autres “professionnels du web“ –vous savez, le genre qui vend des PDF pour se faire de l’argent. C’est bien simple, ils sont partout ! Et à les entendre, ce sont eux qui ont conçu Twitter. Et ils n’étaient certainement pas loin lorsque fut inventé le feu, mais c’est une autre histoire. Ils tentent de “professionaliser“ les échanges, en apportant, hum… je dirais cette dimension pompeuse qui fleure bon les excréments canins.

Là encore, je généralise, mais vous voyez ce à quoi je peux faire référence.

Imaginez le paradoxe de twitter aujourd’hui, qui veut la plupart des personnes possèdent deux ou trois avatars différents les uns les autres, qui vous empêche de dire ce que vous voulez, ou d’être, tout simplement. Les codifications sociales y sont même plus strictes que dans la vie. Les attaques y sont plus facile, et il est rare que l’on vous concède la moindre bourde.

Alors oui, Twitter, j’y ai cru. Et je continue et continuerai de l’utiliser, quotidiennement. Mais avec tellement moins d’entrain, tellement moins de plaisir… D’outil d’action, il est tout simplement devenu un outil de consultation dans laquelle je chronique mes petits tracas. Autant dire : un instrument supplémentaire au nombrilisme ambiant.

Twitter, la France a fait de toi ou dispositif dévoyé et a renié ton potentiel. Pardon.


lundi 25 octobre 2010

Jungle ordinaire

Il court, il se faufile, il lutte. On dirait qu'il fuit, mais peut-être se débat-il seulement pour survivre. Autour de lui, les mouvements frénétiques et incontrôlées de la faune fanatisée ne cessent de lui glacer les sangs. Il est agressé de toute part. Les sons amplifiés, déformés, grotesques, se répercutent tout autour de lui. Les odeurs pestilentielles lui arrachent quelques larmes au passage. Ho, bien évidemment, certaines personnes ont bien tenté de le prévenir, de le dissuader, mais cela n'a fait que le conforter dans son idée. Il a toujours eu ce caractère contradictoire et aventureux. De plus, s'il tient bon, le jeu en vaudra la chandelle.

Au bout de quelques minutes, il se retourne : il est perdu. Est-il déjà passé par ici ? Il ne s'en souvient pas. Il aurait du prendre quelque chose pour se repérer ; marquer son passage. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'il emprunte ce chemin, mais tout lui semble différent. La dernière fois, c'était de nuit, mais il est vrai qu'en ces lieux, la notion de temporalité n'a plus guère qu'une importance relative.

Et puis, il l'aperçoit : la lumière, au fond du tunnel. Simultanément, il entend ce bruit salvateur et caractéristique. Il prend son élan et court. Il n'a plus que quelques secondes avant que les portes ne se referment ; plus que quelques secondes avant de perdre la raison, et le peu qu'il lui reste de conscience et d'humanité. Il DOIT franchir ses portes !
Il joue des coudes pour se frayer un passage. Il écarte les assauts du revers de la main et réussit à manoeuvrer sans jamais perdre de vitesse. Ses poumons brûlent, son coeur tambourine quelque part entre son sternum et son larynx ; sur ses tempes perlent quelques gouttes de sueur. Sueur froide ? Si seulement... Mais il fait si chaud ici. Pourtant, quelque part, c'est l'automne.
Dans un ultime effort, il plonge.
Derrière lui la porte se referme en un cliquetis mécanique. Il l'a fait ! Il pensait ne jamais y parvenir, et pourtant, le voilà sortie de cette... "De cette jungle" pense-t-il tout haut.

Il reprend son souffle, il halète encore quelque peu. Il prend sur lui pour se redresser, tout en s'appuyant contre la porte, hermétiquement close à présent.
Il ne saurait dire exactement dans quelle mesure, mais les choses lui semblent toujours hostiles. Et si... Et s'il n'était pas encore au bout de ses peines ?!
Le sentiment de malaise grandit en lui, à mesure qu'il balaye l'espace de son regard. La salle pourrait être accueillante s'il n'y avait pas cet amas de corps entassés les uns sur les autres, cet enchevêtrement animal et contre-nature. Tout à coup, il se souvient : il se souvient l'horreur, il se souvient s'être déjà fait avoir. Il se souvient de son but : sortir de là le plus vite possible.
Il guette le plafond, comme s'il s'attendait à ce qu'il s'affaisse. Par précaution, il se colle un peu plus contre la porte. Il ferme les yeux, rassemble son courage, attendant le moment propice. Il va lui falloir jouer serré.

Tout à coup, la porte s'ouvre à nouveau ! Il pourrait saisir cette occasion pour sortir, si un flot continu ne le repoussait pas à l'autre bout de la pièce.
Voilà... Exactement ce qu'il devait éviter. Maintenant, il est complètement collé à la paroi extérieure de la pièce, incapable de bouger. Il ne pensait pas que son périple cesserait si rapidement. Il n'a aucune idée de comment se dépêtrer de cette situation. Il pourrait être suspendu dans le vide par l'intermédiaire de deux cordes sur le point de lâcher que la situation lui semblerait moins inextricable.

Et puis soudain, l'espoir. Oui, il se souvient également que cela c'était passé exactement comme cela la dernière fois. Et puis il avait entendu résonner ces mots : "À cette station, descente à gauche. Doors open on the left. Uscita a sinistra", la paroi contre laquelle il était appuyé s'était ouverte, il était descendu. Quelques instants plus tard, il émergerait de la station de métro, rasséréné.

Comme la dernière fois, il se le promet : la prochaine fois, il prendra le bus.

_______________________________________________

Je dédicace ce texte sur le métro aux jeunes touristes ; aux nouveaux Parisiens ; aux vieux baroudeurs affligés, toujours rêveurs, jamais blasés ; à toutes les personnes qui n'ont pas encore réussi à y trouver leurs marques ; à tous ceux qui empruntent cet espace hors du temps, dans lequel sont bafoués de valeurs aussi fondamentales que la courtoisie, la politesse, l'élégance et le de respect d'autrui. Bref, c'est à vous que je dédicace ce texte, mes chers petits amis !

mardi 5 octobre 2010

Coupable

Silence. Trop de non-dits valent-ils mieux que de ne rien se cacher ? Vaste question. Parfois, on ne se contrôle tout simplement pas. Les mots volent alors qu'ils auraient du ne jamais former autre chose qu'une pensée inféconde.
Ai-je été stupide ? Sans doute. Je pensais être un bon juge de la nature humaine, et voilà que j'ai perdu tous mes repères. Et vient le besoin salvateur de continuer à écrire, pour ne pas se perdre, pour faire le point.

J'ai tort. Je vais partir de ce postulat. Et je vais essayer de comprendre pourquoi. Vous allez m'aider, hein, ne pensez pas simplement vous repaître du spectacle désolant de ma mélancolie lancinante !

Donc, j'ai tort. C'est une certitude. Depuis quand, je ne sais pas trop ; longtemps sans doute.
Nous allons donc travailler sur la temporalité pour commencer :
J'ai tort depuis des semaines, des mois, des années. Et le pire, c'est que j'en ai bien conscience. J'ai tort de n'avoir jamais su placer les limites qu'il fallait. J'ai tort de leur avoir laissé une place si importante dans ma vie que je pensais que seul leur avis était capable de sous-tendre mon petit monde. Je suis coupable de ne pas savoir dire non, de vouloir ménager la chèvre et le chou. Je suis fautif de laisser certaines situations s'enliser, jusqu'à ce qu'elles explosent. Je suis souvent incapable d'assumer les conséquences des actes d'autrui que j'ai pu engendrer. Et la preuve en est certainement que je n'assume pas ne pas savoir assumer.
Ces choses constituent un état de fait. J'ai toujours été ainsi, d'aussi loin que je m'en souvienne. Je suis, bien malgré moi, une sorte de caméléon sociale, et ces points dirigeaient ma vie sans que j'y prenne garde, me permettaient de passer entre les gouttes.

On constate donc que le temps, ça ne permet pas de tout cerner. Et si nous essayons de voir sur quel point précis je suis en tort actuellement ?

J'ai tort de ne pas être capable de voir les choses ou tout blanc ou tout noir ; de ne pas être manichéen en somme. J'ai tort de ne pas donner inconditionnellement raison aux sentiments, et de laisser ma raison s'emporter lorsqu'on lui parle de ressentir. J'ai tort de vouloir faire bouger les choses ; de ne pas supporter l'idée qu'un avis se cristallise ; de ne pas vouloir cloisonner ma vie.
Mais ma plus grosse faute, c'est certainement de leur avoir laissé le choix de me blesser, de pardonner parce qu'ils me sont si proches, et de ne pas comprendre que d'autres ne le puissent pas.

Je pense que le temps est merveilleux. Il est le seul à offrir l'oubli, à arrondir les angles. Mais aura-t-on profiter du temps qui passe à oublier ? C'est pour cela que je suis enclin au pardon rapide, c'est pour cela que je reconnais bien volontiers que je suis coupable, que je m'excuse, même, de toute la peine que j'ai pu générer. Je m'excuse tellement de ne pas avoir su trouver les mots qu'il te fallait, de ne pas avoir été juste un refuge, et d'avoir plus que de mesure pointé tes fautes parce que je pensais que cela te ferait avancer dans la vie.

Alors voilà, mes chers petits amis, vous comprendrez que je ne suis pas forcément très objectif aujourd'hui, mais que j'ai le coeur gros. Et que ce n'est pas vraiment à vous que je dédie ces quelques lignes, mais à l'incroyable inconnue qui a fait de ma vie quelque chose d'infiniment plus doux et avec qui nous ne sommes pas toujours d'accord.

En un mot comme en cent : Pardonne-moi.

samedi 18 septembre 2010

L'important...

C'est d'aimer


[Nouveaux updates à venir]

lundi 26 juillet 2010

Paye ta vie de geek

Dans un monde qui ne l'est pas tant !

Parce qu'on a beau nous rebattre les oreilles avec des slogans aussi stupides que "le geek, c'est chic", et autres non-sens, non, nous ne vivons pas dans un monde entièrement informatisé. Et la majorité de la population n'utilise ni twitter, ni facebook, ni -à plus forte raison- de blogs [aparté]raison pour laquelle les abrutis égocentrés qui se gargarisent d'être influents devraient plutôt s'intéresser aux débiles notoires qui leurs servent de lectorat.[/aparté].
Entendons-nous bien : je ne me considère pas particulièrement comme geek. Et si tel était le cas, de toutes les manières, je ne le porterais pas en étendard. Je passe simplement la plus grande partie de mes journées libres sur un ordinateur, devant une console de jeux, à lire du fantastique, à aller au cinéma, ou à compléter mes collections de comics/manga/BD. Et il semble que cela suffit pour que la plupart des personnes me considèrent comme socialement inadapté.

Parfois, pour les personnes qui, comme moi, n'ont pas la chance d'être dans un milieu socio-professionel qui nécessite l'outil informatique au quotidien, cela peut créer des décalages notables.
Non, mais c'est vrai ! Vous n'en avez pas conscience, vous qui bossez en tant que DA, CM, journaliste, dans des boîtes d'info, ou vous autres qui comptez sur votre diplôme d'ingénieur informaticien pour vous lancer dans la création sur le web. Vous non plus qui travaillez dans la pub ou dans la com'. Mais pour les autres, c'est parfois problématique.
Prenez cette année par exemple ! Il y a de cela quelques mois, j'ai eu l'opportunité d'être costumier sur un film d'époque. Et bien croyez moi, pour ce qui est de la communication entre staff, production, figuration et les différents intervenants (maquillage/coiffure, régie, accessoiristes, décorateurs, etc.), c'est presque si nous n'utilisions pas des pigeons voyageurs pour nous tenir informés ! Et la plupart des discussions que j'entretiens quotidiennement avec mon entourage relativement orienté était tout bonnement impossible à aborder.

Il y a également le cas contraire. Parfois, quelqu'un se met à faire référence à un vieil anime, ou à un jeu vidéo particulièrement culte. Généralement, l'ensemble de l'assemblée en profite pour se jeter sur lui à bras raccourcis. Et lorsque votre serviteur vole au secours du pauvre malheureux, les personnes adoptent généralement un regard médusé assorti d'un : "Ha non, pas toi !", comme si je portais en moi une sorte d'enfant honteux, de secret inavouable ! Pas une fois les gens ne se sont dit : "ha oui, finalement, si lui l'est, après tout, ça doit avoir son intérêt..." Non, il faut sans cesse s'en justifier, presque s'en excuser.

Être geek, actuellement, et au quotidien, ça n'est toujours pas rentré dans les moeurs. On accepte facilement quelques instants d'égarement, le temps d'une soirée, parce que cela paraît exotique, mais je vous assure que le monde réel nous est plutôt hostile. Si si.
C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de m'acheter Starcraft 2 et d'y consacrer ma semaine ! Voilà !

...

Non, cet article n'avait pas du tout pour but de légitimer mon futur achat. Enfin, mes chers petits amis ! Je suis outré que vous puissiez penser cela de moi, votre serviteur !

Non, vraiment...

N'insistez pas, je suis déjà parti.

Bon. Et bien au revoir !

mardi 29 juin 2010

Casquette et métro

C'est le matin, les oiseaux chantent, et l'averse nocturne a apporté à la couche asphaltée un peu de fraîcheur. L'air est doux, la nuit de sommeil, bien que courte, a été particulièrement reposante, et pour couronner le tout, vous vous êtes révéillé(e) à côté de celui/celle qui allège votre quotidien ; pour résumer, vous allez bien.

Vous décidez de prendre le métro, pour vous confronter un peu à vos contemporains, et vous apercevoir que, finalement, ils ne sont pas si laids que cela. Et que vous êtes même susceptibles, dans un élan d'humanité particulièrement exaltant, de tous les prendre dans vos bras pour les aimer, tous autant qu'ils sont. Oui, pour un peu, ils seraient même beaux.
La rame arrive, et bien que bondée, vous décidez d'y monter, de votre pas le plus leste, le plus agile, le plus alerte. Quand soudain... ! Quand soudain, une espèce d'individus sale, malpoli, gros et moche vous pousse pour passer en premier.

Vous savez, le genre vieux, -passez moi l'expression- con, engoncé dans ses préjugés, qui a l'air de ne pas avoir fréquenté une salle de bain depuis deux semaines -facile-, et qui porte les stigmates d'une bêtise profonde : à savoir, une casquette. Parce que les vieux à casquette, c'est vraiment une sale race. Je pensais que seuls les membres de ma famille pensaient cela, avant de m'apercevoir que l'appellation "papi à casquette" était quasi-universelle, et unanimement péjorative. Le papi à casquette ne sait pas conduire une voiture, traverse lorsque le petit bonhomme est rouge, sans se presser, en faisant fi des voitures et du danger, la truffe au sol -parce que le papi à casquette se tient mal juste pour ponctionner le plus possible d'argent à la SÉCU-, arguant de son grand âge pour se foutre de principes aussi élémentaires que la politesse, la galanterie, la bienséance, ou encore, le respect d'autrui ; alors que si vous voulez mon avis, son âge, ça aurait plutôt tendance à constituer un facteur aggravant. Enfin, tout de même soyons sérieux ! Si la vie se résume à une succession de tribulations, et qu'en plus, on est vieux et souffrant, autant aller directement en Suisse pour en finir au moyen d'une petite piqûre quasi-indolore !
Il est à noter que le papi à casquette peut tout aussi bien être à droite qu'à gauche, et qu'il en existe une version dans chaque pays. Sauf en Suisse peut-être...

Dans tous les cas, je remercie cet abruti qui m'a pourri m'a bonne humeur et le billet chargé d'amour que je voulais vous livrer ici ce matin.

De toute façon, moi, ce que j'en dis, les vieux, faudrait les noyer à la naissance.

vendredi 14 mai 2010

Ma Las Vegas Parano (mais comme on n'a pas les moyens, on se limitera au Sud de la France)

Au départ, rien ne préparait notre pauvre petit héros malgré lui –que pour des raisons de narrations, nous nommerons ultérieurement "petit homme"– à entrevoir ce qu'il allait vivre dans ce qui s'apparentait le plus aux 24 prochaines heures de son existence.

Le héros, on le connaît bien. Et soyons honnêtes, il pourrait affronter des dragons, des armées de revenants ou une horde de fans de Dimmu Borgir à mains nues, entravé par des chaînes de plusieurs tonnes, avec comme contrainte de tenir le monde en équilibre sur l'extrémité de son petit orteil gauche, qu'il en rirait encore, mais par contre, face à quelques microgrammes d'une toute petite molécule chimique, il en mène pas large !

Mais commençons par le commencement. Lorsque l'histoire est sur le point de débuter, notre héros se voit proposer de venir passer un week-end particulièrement exaltant quelque part en dehors de sa chère capitale qui commence quelque peu à l'opprimer. Exaltant, car il sait qu'il aura l'occasion de voyager au travers une nouvelle expérience psychédélique ; milieu riche en réponse pour qui sait poser les bonnes questions. Et, à ce moment précis, le petit homme a besoin de réponses.

L'expérience, il l'a déjà faite. À plusieurs reprises. Le processus est plus ou moins toujours le même. À chaque fois, on essaye de bien chiader l'affaire. Certaines personnes sont persuadées que les "junkies" sont des abrutis irresponsables incapables d'assumer les conséquences de leurs actes, et qui vendraient père et mère pour se fournir leur cam'. Sans doute est-ce le cas pour certains. Mais l'on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il s'agit le plus souvent d'un archétype hollywoodien du "drogué" qui tend à relayer une image négative dans certains (excellents) films comme Taxi Driver ou More. Le petit homme n'est jamais aussi consciencieux que lorsqu'il se prépare à partir faire une balade mentale.

C’est toujours la même chose. Il commence par préparer un goûter –parce que les expériences gustatives, c'est important. Ensuite, il faut vérifier qu'il a bien acheté ses deux litres d'eau par personnes ; c'est un minimum pour éviter la "gueule de bois" le lendemain. Enfin, et selon la durée du voyage, il prévoit parfois un dîner, histoire de se remplir la panse et revenir sagement à la réalité. L'indispensable, c'est bien évidemment la petite playlist pour favoriser le passage, voire se faire des petits labyrinthes mentaux.

Il y a une règle à laquelle toute entité qui désire prendre une quelconque substance avec le petit homme doit se soumettre. LA règle : il faut promettre alors de couper toute interface avec le monde réel. C'est une règle élémentaire, une règle de survie.

Ce samedi après-midi, il y avait trois individus –deux entités frères et une entité soeur– ; tout autant à enfreindre la règle, prêts à affronter d'éventuels démons. Sauf que cela, aucun des deux autres ne le savaient, bien évidemment ; et c'est là que commence le problème.

Une fois que tout est prêt, il y a le rituel. On prend le petit biscuit de deux gouttes, et on le met dans la bouche, avec l'impression d'être Alice se jetant dans le terrier du lapin. Les effets ne mettent pas longtemps à se faire sentir, et très rapidement, le petit homme mène son petit bonhomme de chemin d'expérience, et tout se passe, ma foi, pour le mieux. Les autres entités interagissent peu avec lui, mais c'est toujours très amusant. Il est rare que leurs échanges durent plus d'une ou deux phrases, souvent sibyllines pour quelqu'un d'extérieur, mais contenant la quintessence d'une puissante réflexion pour d'autres « voyageur ». Chacun est dans son monde et ces mondes rentrent assez peu souvent en contact.

Après quelque temps ("mais combien déjà ?") survient le tilt. On a perdu quelqu'un dans l'affaire ; à priori, l'autre entité mâle : Frère. Vaguement inquiet, le petit homme décide d'en parler à Soeur. Lorsqu'il la trouve, cette dernière est en train de tourner en boucle au téléphone avec une tierce personne. Cette tierce personne semble ardemment désirer s'entretenir avec notre héros. Pour faire clair, RIEN n'aurait pu être pire à ce moment précis. Rien ? malheureusement, ils allaient apprendre que si.

La tierce personne, une étrange Voix au téléphone, est inquiète. Pourquoi ? Honnêtement, aucune idée. Certainement pour la même raison que la pierre est en train d'expliquer au petit homme pourquoi il suffirait de créer une cosmogonie entièrement minérale, purgée de toute humanité et de toute organisme vivant, ou que chaque note qu'il peut jouer au piano se transforme en une corde qui fait de lui un pantin actionné par une sorte de génie grimaçant. La Voix ne semble pas savoir qu'il suffit de prétendre être un caillou visiblement. Elle pose des questions beaucoup trop terre-à-terre pour que le petit homme les relève. Il préfère discuter avec le sol en marbre ; il reste, comme d'habitude, très à l'écart de tout ça. Son ego est très, très loin, protégé, certainement, quelque part.

Le problème, c'est que Frère est toujours absent, et que peu importe le nombre fois qu'il raccroche le téléphone, Soeur s'acharne à appeler la Voix, qui pose sempiternellement les mêmes questions. Persuadé qu'il s'agit d'un enregistrement placé là pour le détourner de sa mission –qui consiste à sauver le monde en mangeant du gâteau au chocolat–, le petit homme, très en colère, finit par raccrocher une fois de plus. Une fois de trop.

Une fois de trop, oui, car la Voix semble prendre la situation très au sérieux. Et ce n'est que lorsque le petit homme réalise que la porte d'entrée n'est plus fermée, et qu'il y a des gyrophares à l'extérieur, qu'il commence a avoir peur. Ou pas. Après tout, il est sans doute en train de rire assis à la table de la cuisine, à manger un bout du gâteau au chocolat qu'ils ont préparé avec amour (et qui doit lui permettre de sauver le monde, n'oublions pas !). Il ne peut pas sérieusement se trouver dans cette entrée exiguë à parler à des agents de la maréchaussée de la prise de psychotropes de deux personnes sur les deux présentes à l'appart ("ai-je dis deux ?(merde, où est passé le troisième ?(ha oui, c'est vrai, rien de tout cela n'est vrai, je suis dans ma tête ! (suis-je con)))"). Ce serait parfaitement grotesque, et complètement stupide.

Mais essayons d'avoir un rapide coup d'oeil sur l'ensemble : vu de l'extérieur, ça donne ça :

La police est dépêchée au 8 avenue quelque chose dans une quelconque ville du sud de la France, et, avouons-le, tout le monde s'en fout que deux personnes aient pu prendre une quelconque dose de quoi que ce soit (qui n'engage pas le processus vital, ni même mental, dans l'affaire, ne soyons pas débiles non plus !). Sauf qu'ils ont un job, qu'ils font, de manière respectable, et lorsqu'ils entendent certains mots, cela provoquent chez eux certains réflexes (sommaires, pour ne pas dire butés et conditionnés uniquement dans le but de prouver que les forces de l'ordre peuvent être très bêtes, n'ayons pas peur des mots).

Très rapidement, dans la tête du petit homme se forment les gros titres tels qu'on aurait pu les lire dans n'importe quel tabloïd racoleur : "un couple d'étudiant consomme DE LA DROGUE ! La compagne est envoyée au service des urgences psychiatriques pendant que la police pense avoir ferré le plus gros dealer de la ville et de ses environs ! Plus de précisions en page 3, juste après le bébé qui mange le chien de sa mère "ex-star vaguement connue qu'en fait on est pas vraiment sûr que c'est elle, mais bon, avec la lumière, on pouvait pas trop savoir", et avant la vérité sur OBAMA et la conspiration reptilienne."

la situation telle qu'elle sera décrite dans le rapport du sergent "je-fais-un-excès-de-zèle" : nous sommes rentrés d'office et sans mandat dans un domicile après avoir reçu un coup de fil d'une tierce personne (autant dire : la Voix) et nous avons appréhendé un "couple" (terme à définir ultérieurement) en "possession" de stupéfiants, et manifestants des signes de prise au cours des dernières heure. nous avons appelé les urgences. Les pompiers semblaient coutumiers de la situation, et ont décidé d'emmener la "victime" de sexe féminin en surveillance. Pendant ce temps, nous avons interrogé la "victime" (avec une gros point d'interrogation que souligne admirablement le sourcil froncé du sergent "peu-importe-son-nom" au moment où il considère le petit homme) de sexe masculin. Nous avons décidé de le cuisiner (comme des salauds) avant de décider de l'amener pour la forme, au poste.

La situation dans la tête du petit homme : rhaaaa, putain, c'est pas possible, on aurait voulu me faire le coup du mec qui se fait prendre là où il fallait pas, je vous jure, j'aurais choisi la même gueule du pompier sympa tout droit sorti d'un calendrier pour le nouvel an !

À ce stade-là, le petit homme est encore plus persuadé que tout n'est qu'une farce mentale. Et RIEN ne semble lui prouver le contraire. Les flics sont de mauvais acteurs, qui sortent leurs répliques dans n'importe quel ordre. Il y a le méchant flic et la gentille fliquette, tous deux affublés de têtes caricaturales au possible. D'ailleurs, le petit homme est sûr à 200%, et il miserait sa mère sur l'affaire s'il le fallait, qu'il a déjà vu ces têtes sur la couverture d'une quelconque bande dessinée narrant les désopilantes histoires de deux policiers. Lorsqu'ils arrivent, les pompiers ont VRAIMENT l'air d'être sympa, prévenants, professionnels, tout comme il faut. Ils posent les bonnes questions, ont les bons gestes, assurés, rassurants. Ils sont à l'opposé des agents des forces de police. C'en est tellement cliché, que le petit homme se retient de faire le moindre commentaire quant à la réalité de la chose, et attend bien sagement de savoir quelle espèce d'énormité son cerveau va encore être capable de générer. En fait, s'il n'ouvrait pas sa gueule pour montrer au méchant sergent son ignorance en matière de substances psychoactives, les deux agents présents sur place le laisseraient certainement partir comme s'il n'avait jamais été là, bien qu'ils semblent tous deux persuadés avoir mis la main sur un gros dealer tout droit descendu de Paris pour semer la merde dans le Sud –qui n'a pas vraiment besoin de lui pourtant.

Mais bon, comme tout ceci n'est qu'une farce, allons-y pour la voiture, avec les gyrophares, et tout le reste. C'est joli les couleurs après tout.

Pour précision, nous dirons à notre lectorat que le voyage a commencé aux environs 15h, et qu'il est un peu plus de 17h au moment ou le petit homme quitte l'appartement pour suivre nos Dupont et Dupond improvisés. Seulement.

Arrivé aux urgences, où on l'a amené pour veiller sur Soeur Le petit homme se dit que son trip pourrait être plus original tout de même. La petite interne ressemble à une amie, et le médecin à la gueule d'un second rôle de Jeunet. Ou de Tarantino... Enfin, quelque part au moment où il croise Capra. Et lorsqu'il décide que les policiers, c'est très amusant, mais qu'il aimerait bien voir ailleurs, ces derniers décident soudainement que la farce a assez duré, et lui restituent ses papiers, le sermonnent, vaguement, en lui faisant promettre de ne plus recommencer, puis s'en vont, sans autre forme de procès.

Alors le petit homme s'en va explorer les rues fantasmées d'une ville qu'il n'a jamais vu !

Et il n'est pas déçu du détour ! Tout y est tellement pleins de couleurs, de résonances, de sensations, de fêtes fiévreuses et fastueuses, qu'il est conforté dans l'idée d'être toujours allongé quelque part dans un appartement, situé dans une vraie ville, pas ce simulacre en carton qu'il reconstitue en fonction de ces souvenirs diffus. Et franchement, vous auriez vécu ce qu'a vécu le petit homme, comment auriez-vous pris la chose ? Lorsque, comme le petit homme, on devient un milliard de choses, l'esprit qui lie chaque être présent à un moment donné, que l'on devient, même une sensation, la sensation du goût par exemple, ou même, plus que cela, un concept, RIEN ne vous facilite le retour à la réalité.

Et puis soudain, le petit homme se rappelle qu'il a allumé son interface avec le monde réel. ou plutôt, cette interface le lui rappelle-t-elle lorsqu'elle vibre dans sa poche. À ce moment exactement, le *ting ting* d'un tram le frôle. S'il n'y avait pas eu cette vibration, ce simple message, ce "mais qu'est-ce qu'il se passe", le petit homme aurait continué sa route. Et il n'aurait sûrement pas remis les pieds sur terre, l'instant où il le fallait, pour comprendre que tous les éléments autour n'étaient pas dépendants de son bon vouloir. Au contraire certains étaient clairement hostiles, et se plaisaient à le lui rappeler à grand renfort de sons et de bruits dissonants qui allaient mal avec le décor. Il n'aurait pas réalisé qu'il était EFFECTIVEMENT dans les rues d'une quelconque ville du Sud, à 19h30, ce qui tendait à confirmer qu'une autre personne présente au début du voyage était à présent aux urgences, et qu'il se retrouvait tout simplement paumé, sans point de repère, après avoir erré dans les rues d’une zone inconnue pendant 1h. Seulement ! Et franchement, si l'on montre ce que le petit homme a vu dans une agence touristique à n'importe qui, ce dernier signe pour y partir directement. Et verse un supplément. Cash !

Après bien des efforts, des détours, des explications attentives de la part de l’entité parisienne, le petit homme retrouve le chemin de l’hôpital. Le retour aux urgences se fait calmement, les personnes semblent compréhensives, et on arrive, petit à petit, même si c'est dur (parce qu'il y a toujours des trucs dans le champ de vision, et que ce médecin a DÉCIDEMENT la gueule d'un second couteau dans "on ne sait plus trop quoi"), à raisonner Soeur pour qu'elle tente de se ressaisir et revenir à la réalité. Les médecins laissent même repartir le petit homme et Soeur. Ils peuvent entamer le processus de reconstruction de l'être à travers les rues de la ville, qui ne sera plus tout à fait les mêmes, mais plus tout à fait inconnue non plus.

Ils sont persuadés que la police a déjà mis des scellé sur la porte, que rien ne sera plus comme avant. Pourtant, il n'en est rien. Ils franchissent, presque interdits, le seuil de la porte, encore hallucinés que l'ensemble de l'histoire n'ait pas de conséquences plus néfastes que cela.

La grande question qui planait sur Frère est levée dès lors que le petit homme et Soeur franchissent le seuil de la porte ; accueillis qu'ils ont été par une odeur de nourriture exotique. Un impérieux désir de consommation imminente avait poussé le troisième cuistre en dehors des murs de ce bastion insurmontables.

Lorsqu'ils pénétrent dans le salon, Frère, qui sort alors de la cuisine, les accueille, fort surpris de constater qu'ils n'étaient pas sagement dans leur chambre à finir le grand voyage.

Ironique n'est-il pas ?

samedi 13 mars 2010

Rencontre

Il paraît que je suis mondain. Cette appellation me colle à la peau depuis que je suis arrivé à Paris. Ce qui m'étonne énormément d'ailleurs, encore aujourd'hui. Petit, j'étais l'exemple du type introverti, sympa, mais dans son monde. Un peu caractériel, même, sur les bords. Je n'étais pas ce que l'on peut appeler le type le plus populaire de ma classe ; pas vraiment de ceux qui sortent jusqu'à pas d'heure non plus. Je me souviens que, lorsqu'au lycée mes parents me proposaient la permission de minuit, je leur répondais : "pourquoi faire ? Je ne sors pas..."
Les choses ont changé à présent, mais je ne comprends pas comment. Je n'ai pas vraiment l'impression de m'être métamorphosé. Et pourtant, indubitablement, je sors plus. Certains diront même que je sors trop. Pourtant, je suis toujours casanier. J'aime à recevoir dans mon antre, ou à passer des soirées en solitaire, à lire un bouquin, à faire de la musique, à glandouiller sur mon ordinateur, à écrire, regarder quelques séries ou encore partager mes états d'âmes particulièrement passionnants sur quelque réseau sociaux.

––

C'était une journée tranquille. Un peu étrange peut-être. Il était dans un état second. Il y avait eu une déchirure. Ténue, mais présente. Il y avait eu cet au revoir, inéluctable, terrible, triste à en mourir. Deux ans avait passé à présent, depuis qu'elle était repartie dans sa ville natale. Deux ans à n'avoir d'elle que des nouvelles diffuses. Il pensait s'en accommoder parfaitement ; il comprenait à présent que ce n'était pas le cas.
Il y avait eu cette rencontre, belle, un peu folle, tactile, sensuelle même, mais sans équivoque. Une belle amitié en somme.
Et puis il y eut cet écart un soir, sous les effets de l'alcool, sans réel contrôle.
Elle lui était interdite. Être l'amant ne l'avait jamais dérangé, mais c'était elle. Il ne pouvait pas lui faire cela. Et pourtant, il en avait autant envie qu'elle. Il avait réussi à se ressaisir, à lui dire non. Elle lui en avait voulu, bien sûr, mais le temps aidant, l'avait remercié. Ils étaient fair-play l'un envers l'autre. C'était le là ciment de leur relation.
Un jour, pourtant, elle était partie. Sans vraiment prévenir, sans vraiment qu'il s'avoue que cela le dérangeait, le rongeait même. C'était à peine s'ils étaient restés en contact. Lorsqu'ils s'écrivaient, leurs lettres étaient toujours passionnels, brèves. Comme pour se rassurer, s'assurer que quelque part, quelqu'un pensait à eux. Ils avaient réussi à conserver cette part de réciprocité fragile, enfouie sous le poids de la distance.
Mais le temps passant, les échanges se firent de plus en plus rares. Peut-être s'étaient-il oubliés.
Et voilà que, deux ans plus tard, elle lui annonçait qu'elle montait sur Paris, et que cela lui aurait fait plaisir qu'ils se voient. Sans qu'il s'en rende compte, son rythme cardiaque s'était légèrement accéléré.
À peine s'étaient-ils revus que tout a recommencé. Tout lui paraissait simple, fluide, drôle. Ils se retrouvaient, enfin. Une redécouverte de l'autre, avec des éclats de rire, des confessions, une connivence que ni le temps ni la distance n'avait réussi à entamer. L'après-midi s'est transformé en soirée, puis en nuit, et puis il s'est promis de la raccompagner à la gare. Elle le voulait aussi. C'était rassurant.
Pourtant, il y avait un changement. Lourd. Elle avait rencontré quelqu'un, sa vie était merveilleuse, et elle rayonnait. Quelqu'un qui comptait vraiment pour elle, c'était une première.
Plus tard, dans la nuit, allongés sur le lit de leur hôte improvisé, sa tête posée contre son épaule, à écouter l'arythmie frénétique de son coeur malade que les effluves éthyliques rendaient plus anarchiques encore au travers des épaisseurs successives de ses vêtements en 100 % coton lavable à 60º, il lui avait simplement demandé :
"Entre nous, il y a deux ans, si j'avais osé te dire que tu comptais pour moi, tu serais partie ?"
À quoi elle avait simplement répondu de ces traits acérés, mélancolique et douce, mais effroyablement distante :
"Non... Non, certainement pas non."
Il aurait évidemment préféré ne pas entendre cette réponse ce soir là. Ne pas savoir. L'ignorance n'est-elle pas plus confortable que la vérité lorsque celle-ci vous conforte dans l'idée que votre vie aurait pu être tout à fait différente ? Déjà, il s'en voulait. Déjà, il se relevait, déjà, il fuyait. La culpabilité sourde et les regrets tacites avaient été le juste prix à payer pour le punir d'une témérité oisive. Il rentrait chez lui, seul, légèrement plus lourd que lorsqu'il était parti.
Un peu crânement, un peu connement, il lui avait dit qu'elle aurait pu soigner son cynisme. Elle avait souri. Monde de merde.
Il l'avait raccompagné à la gare. Elle avait l'air aussi paumée que lui. Mais elle repartait vers quelque chose qui lui correspondait. Elle avait trouvé un semblant de bonheur, pour un temps au moins. Et pour une fois, pour la première fois peut-être, il était jaloux.

Alors il était sorti. Le soir, accompagné d'une môme hallucinante, tous deux habillés de noir, bien déterminés à se changer les idées. Quel autre perspective avait-il ? Certainement pas celle de se morfondre dans son coin ; pas lorsque la Môme était là. Et ce n'était de toute façon plus son genre. Veste noire, pantalon noir, gilet croisé sur une chemise anthracite, cravate à rayure noire et violette, bagues en argent assorties au pommeau de la canne qu'il avait décidé d'apporter avec lui tandis que son acolyte avait revêtu un pantalon en cuir à faire se damner un Hell's Angel, un pull tombant sur un décolleté impressionnant que son haut semblait s'acharner à lui conférer, une moue mutine le cheveux plus sombre que l'ébène ; soyons honnêtes : ils avaient un certain style. Et ils se complétaient bien. Tout du moins, c'est ce que la Môme n'arrêtait pas de lui assurer, même si "confiance en soi" n'était pas vraiment l'expression qui le caractérisait le plus.

Terrain connu, visage familier ; rencontres, compliments, échanges rapides sur tout et n'importe quoi, séduction sommaire de tout ce qui passe à sa portée, homme comme femme : le type de soirée parfaite pour se remonter le moral.
Et puis, au milieu de toute cette effervescence fiévreuse, de cette cacophonie brutale, au sein de cette arène sociale, de ce combat d'influences, fait d'alliances et de dominations tacites, survient ce petit temps d'arrêt ; celui où les gestes se figent, où les choses semblent arriver au ralenti, comme dans les films, avec un petit effet de brume qui sature les contrastes ; le petit effet kitschouille bien dégueulasse qui donne envie de vomir. Il le croisa sans le vouloir. Un regard incroyable. Il la connaissait, elle, non. il passait devant pour tenter maladroitement de créer un semblant de réaction. Elle n'en manifesta aucune. Il était interloqué. Le regard aurait-il était trompeur ?
Il fit le tour du bar. Pour commander initialement. Et puis il la vit, à nouveau. Elle semblait perdue. Elle avait quelque chose d'indéfinissable, une lueur d'intelligence mâtinée d'effronterie, et semblait, en même temps, posséder quelque chose très fragile. De quoi faire fondre immédiatement jusqu'à la dernière de ses défenses. Comme si elle avait eu besoin de cela.
La serveuse lui avait fait signe par trois fois, sans qu'il s'en soucia le moins du monde. Peu lui importait. Il n'arrivait pas à détacher d'elle son regard. Pas plus lorsqu'elle lança, à plusieurs reprise, un coup d'oeil furtif dans sa direction. Elle semblait apeurée. À sa décharge, il la fixait, et il avait lui même cette impression : celle d'être un prédateur devant une proie offerte. Sensation relativement nouvelle, et terriblement exaltante. Elle prit son verre qui n'aurait jamais du arriver, régla, puis retourna se noyer dans la masse. Il l'avait perdu. Il avait finalement daigné faire un signe à la serveuse qui avait eu l'indécence de le retirer à sa rêverie.
Je suis toujours persuadé qu'il existe un dieu d'une infini clémence qui vous donne un petit coup de pouce lorsque cela est nécessaire. Il se manifesta ce soir pour notre protagoniste sous les traits d'un ami commun.
Une fois qu'il eut pu engager un semblant de conversation avec la belle demoiselle, une journée de frustration sembla s'évacuer par le truchement de ses cordes vocales qui, une fois n'est pas coutume, eurent la bonté de manifester leur présence et leur utilité en dispensant une logorrhée inspirée dont les mots, mis bout-à-bout, avait la surprenante particularité de bien vouloir créer des phrases cohérentes, bien que parfois relativement emportées. Par superbe, par incroyable même, serais-je tenté de dire, la fille au regard félin avait ri. il avait ri de concert sans trop savoir pourquoi.
Ils étaient allés dîner dans un Grec ou un Turque, ou peu leur importait finalement l'origine douteuse de la viande grasse que leur estomac avait tenté d'assimiler ce soir là. Elle était repartie. Ils devaient se revoir deux jours plus tard. Pour manger des glaces, quelque chose dans le genre. Improbable. Et il ne voulait toujours pas croire que l'accroche avait été réciproque. En avait-il ne serait-ce que le droit ?

Il était rentré cette nuit, seul, à nouveau. Mais contrairement à la veille, Il était plus tranquille. Presque serein. rasséréné en tous cas. Elle avait réussi à éloigner complètement ses questions du jour. Finalement, la seule chose qui lui importait à présent, c'était : comment allait-il s'arranger pour que cette jolie jeune femme accepte de venir boire un verre avec lui ?

dimanche 10 janvier 2010

[Chaîne] Les sept péchés musicaux : Colère

Il en aura fallu du temps pour la finir cette chaîne (commencée ici, rappelez-vous !). Je ne sais pas trop pourquoi. J'avais pourtant plus de chanson qu'il n'en faut pour vous parler de la colère, un sentiment qui est loin de m'être étranger. Sans doute y en avait-il trop pour que sois en mesure d'en choisir une. Il fallait qu'elle surgisse d'elle-même. Je ferai l'amalgame facile entre colère qui a pour synonyme "anger" en Anglais et le terme qu'on utilise pour désigner le péché, "wrath", qui est plus proche de l'ire divine que du simple emportement.

Il m'a donc fallu attendre. Et puis, ce soir, je ne sais pas trop pourquoi, j'ai eu cette envie d'écouter Brel. J'adore Brel. Pour ses textes, bien sûr, pour ses chansons, forcément, mais également parce qu'il possède une faculté assez peu commune. Celle de me faire vibrer, frissonner de tout mon être par un simple changement d'intonation. Normalement, seuls quelques solistes lyriques me font cet effet. Il fait pour moi partie de ces chanteurs qui sont les seuls à pouvoir livrer l'interprétation de leur oeuvre. Aucun autre que Brel ne peut en chanter.

Bref, je divague, comme à mon habitude. Mais que voulez-vous, on parle tout de même de l'artiste francophone que j'apprécie le plus.

Or donc, pour conclure cette chaîne, je n'ai rien trouvé de mieux que la chanson des vieux amants, sublime parmi les chansons d'amours contrariés, tumultueux, impossibles, retrouvés, lassés, et finalement aussi improbables qu'ils sont nécessaires. C'est l'abandon, la fin de la lutte, la reconnaissance de l'amour pour ce qu'il est, pour ce qu'il aurait toujours du être. C'en est tout simplement beau. C'en est à deux doigts, je peux vous l'assurer, de générer chez moi des sentiments qui me sont inconnus.

Mon choix pourra vous paraître déplacé. Mais Brel saura vous convaincre. Au pire, vous aurez écouté une des plus belles chansons qui soit. Ha mais ! Et on dira que je ne pense pas à vous...

mardi 8 décembre 2009

Idées noires #1

Les palpitations de mon coeur résonnent jusque dans mes tempes. Autour de moi, la foule, agglutinée, coagulée. Les cris. À côté de moi, juste à côté, Elle. Derrière moi, juste derrière, lui. La transe gagne la foule, qui, monolithique, s'agite, se presse, m'oppresse. Une ambiance de dernier jour avant la fin du monde. Je pense alors que ce dernier jour est peuplé d'adolescents abrutis et de gens laids. Grotesque. Et hilarant. J'en ris. Comme un dément. Mais personne n'y prête attention dans cette effervescence presque maladive, insouciante, cacophonique. Je deviens fou. Et ce rythme infernal qui couvre jusqu'aux instruments !
Pour l'instant, l'univers se réduit à deux composantes fondamentale : les coups de marteau qui me déchirent la cage thoracique, et Elle. Lui, gravite quelque part en marge de cet univers. Il n'a pas de réalité. Pas encore.
Soudain, coup de fouet. Alors que la foule se calme, que les riffs de guitare deviennent moins agressif, lui tente une approche. Elle ne le repousse pas. Une partie de l'univers s'effondre. Seuls restent les trépidations arythmiques. Je deviens complètement fou. Il faut que je sorte. Je peux le faire ? Je me retourne. La foule est multitude. Que m'importe la foule ? Il faut que je sorte. Et ce coeur, toujours, plus rapide, de moins en moins synchronisé.
Violence. Il me faut de la violence. Mais la foule est si dense. Les visages se succèdent et se ressemblent. Tous sont hideux, déformés par la joie et les lumières mauves. Empathie, empathie... Vieille ennemie, misérable salope ! Pourquoi m'oppresses-tu d'avantages encore ?
Au loin, j'aperçois une absence de visages. Une absence de foule. Il faut que j'aille au loin. Derrière, loin derrière à présent, Elle et lui se trouvent, sans doute. L'air est chaud, l'air et moite. On se croirait dans une orgie. Les corps s'emmêlent. Tout cela devient vraiment absurde. Suis-je devenu parfaitement fou ?
Une porte, de l'air. Enfin. Je respire. Comme je le peux. Dehors, la pluie. Dedans la foule. À choisir, je préfère la pluie. Mon coeur essaye de sortir. Il faut que je le calme. Il faut que je l'apaise. Je sais.
Au loin une voiture. Deux faisceaux lumineux, deux phares dont les éclats se perdent dans les gouttes d'eau. Elle roule vite. Très vite. Trop vite. Moins de scrupules. Je cours.
Allongé sur le bitume, mon coeur est tout à fait calme à présent. Au loin, des cris. La foule ? Je ne sais plus. Elle, lui, la musique, tout est très loin à présent. La folie s'estompe, mon coeur se tait. La paix. Enfin.

mercredi 2 décembre 2009

Le reste du monde et moi

Journée pourrie. Pas envie d'avancer. Comme à mon habitude, je suis debout, avec mon casque vissé sur la tête qui me distille du Infected Mushroom : Becoming Insane. Plutôt bien résumé. Derrière moi, un chien aboie. Un petit chien, que d'autres jugeraient mignon. Une saloperie sur pattes si vous voulez mon avis. Et deux sièges plus loin, il y a la petite vieille qui s'oublie. Sentir le cadavre en putréfaction, de si bon matin, en soi, c'est une performance. Le 89 passe devant Jussieu avant de remonter la rue du Cardinal Lemoine. Il fait froid. Intérieurement, je jubile. Ils ne le savent pas encore, évidemment. Il ne sont pas conscient du fait que, bientôt, ils seront libérés. Libérés des autres, du chien des autres, des odeurs nauséabondes, de ce flux incessant de personnes qui s'amassent, abrutis de sommeils et de pensées obscures.

Mais l'on va encore se faire une fausse idée de moi. On imagine que je déteste tout le monde. C'est faux. J'aime tant l'humanité que ça me fait mal. De la voir se débattre misérablement pour tenter de survivre au jour le jour. De la voir se déchirer, se mutiler, s'affamer, quotidiennement, c'est un véritable supplice. Le vice caché de l'humanité, actuellement, ce sont les boutons. Donnez un bouton, ou un gâchette à quelqu'un et vous pouvez être sûr que par une curiosité presque malsaine, il appuiera dessus. Pour voir.
J'aime l'humanité. Et pourtant, ce n'est pas tous les jours facile. Si vous saviez comme je n'ai pas envie d'être condescendant avec le parfait abruti qui s'amuse à me défier du regard. S'Il savait. S'il se rendait compte qu'après tout, il suffit d'aimer. Un vague chevelu accompagné par sa troupe de joyeux drilles l'avait bien résumé il y a presque 2000 ans. Théoriquement : génial ; idéologiquement : inattaquable ; pratiquement : impossible.

Une mère et son fils viennent de monter à l'arrêt Henri IV. Il doit avoir 6 ans. Il n'a pas encore conscience de cela. Sans doute d'ailleurs, a-t-il déjà commencé à détester son prochain. Le petit Thomas qui a refusé de lui céder la balançoire alors qu'il était déjà dessus depuis 10 minutes, au moment de la récréation. Lui qui ne devrait être qu'innocence, amour et empathie. Malheureusement, lorsque l'on voit sa mère percluse de tiques en tous genre, force est de constater qu'elle n'a pas l'air d'être un modèle d'ouverture d'esprit et d'épanouissement. Mais ne t'en fais pas petit, toi aussi tu seras libéré. Bientôt.

"Insane, insane, insane, insane, all becoming insane [...]"

Le volume à fond, j'importune une petite dame à côté de moi. Elle n'est visiblement pas sensible à la musique électronique. Ne vous inquiétez pas madame, je descends à la prochaine station. Dans mon dos, le roquet continue d'aboyer. Tiens, cela me rappelle un vers holorime d'Hugo. Ou Musset.

Pendulum : The Other Side. "Come on down to the other side, come with us throught the gates of hell, we will drag you from where you are to where you belong". On ne pouvait faire une chanson qui soit plus de circonstance.

Le bus passe devant le Saint-Etienne du mont, longe la bibliothèque Sainte-Geneviève, dépasse la façade du Panthéon, et s'engage dans la rue Soufflot. "The ship is coming down, the ship is coming, the ship is coming down, coming down, coming down".
Nous arrivons à l'arrêt Soufflot. Le petit troupeau est amassé, prêt à monter dans un bus déjà bondé. Comme ils ont raison. Montez, montez, vous connaîtrez bientôt la révélation salvatrice !
Les portes du bus s'ouvrent. Un flot s'engouffre par la porte avant. D'autres attendent à l'arrière que certains voyageurs descendent. Ils savent que c'est interdit. Il savent que le chauffeur se contentera d'appuyer mollement sur un petit bouton qui déclenchera un message enregistré. Point. Je quitte le bus. Il se peut que dans ma hâte, j'ai laissé tombé un petit interrupteur. Et oublié ma sacoche. Vraiment, je n'ai pas de tête ce matin.
Je remonte la rue Soufflot. Le froid incisif me saisit directement. Je remonte le col de mon pardessus. Je suis cliché. J'aime cela. Derrière moi, on peut entendre les aboiements d'un chien, quelques conversations indistinctes, et l'annonce diffusée à l'intention des resquilleurs : "Nous vous rappelons que vous devez monter à l'avant du...". Bruit de l'explosion, la phrase restera en suspens. Autour de moi tombent violemment les restes calcinés du bus 89. Dire qu'il aura suffit d'un bouton, encore une fois. Mais eux, au moins, sont libérés. Enfin.
Dans mes oreilles, Pendulum continue de chanter.

"We will drag you from where you are to where you belong"

Oui, vraiment, c'est une belle journée !

Vous étiez au moins...