dimanche 13 mars 2011

Cougar Train - Le Lyon Paris de 17h46

Le train est arrivé à 17h58 en gare de Lyon Part-Dieu. Elle est montée, l’air pas aimable, du haut de sa cinquantaine fraîchement ravalée. Elle a regardé cette femme qui passait dans le sens contraire dans le couloir du TGV avec, visiblement, l’envie de lui arracher les yeux. Elle s’est installée à une place qui ne lui était certainement pas attribuée, sans se soucier outre mesure de faire chier son monde.

Il est arrivé, en retard, alors que le train allait partir. Il s’est approché, timidement. Grand, brun, les cheveux attachés, de ce genre que l’on appelle communément ‘gothique’, alors qu’il était plus probablement issu d’une mouvance Steam-punk. Il lui a demandé s’il pouvait s’asseoir. Elle l’a regardé ; une seconde a suffit : la vingtaine, l’innocence ; elle a souri.

« Bien sûr, je vous en prie »

Il a retiré son chapeau, elle en a profité pour lui parler de la première chose qui lui passait par la tête. Une badinerie, évidemment. Quoi d’autre ?

Il l’a considérée d’un peu plus près ; Blonde, des anneaux d’oreilles, un maquillage outrancier, une beauté fanée, bien sûr, mais ça n’était déjà plus ce qui l’intéressait. La ronde de la séduction était engagée, des deux côtés, du tout cuit pour ainsi dire.

«Mais vous vous rendez à Paris ? Pour travailler sans doute ?

-Non, j’y habite, a-t-elle répondu simplement. »

Pour un peu, elle aurait rougi. Elle avait du talent, cela ne faisait aucun doute. Ou l’expérience.

Il voulait avoir l’air spirituel, il lui a parlé de son auteur préféré :

« Vous connaissez Werber ? »

Aouch, raté… Heureusement pour lui, elle ne le connaissait pas. Ou peut-être a-t-elle fait semblant, pour ne pas qu'il s'épanche, qu’il garde son charme.

« J’aime lire, mais je n’ai plus tellement le temps. Je travaille énormément.

-Oh, vous savez, personne ne lit vraiment. Moi-même, je lis le soir, dans mon lit, avec la télé en fond sonore. Une sale manie,…

-Comme tout le monde, avaient-ils fini de concert. »

Elle voyait venir ses coups à l'avance, mais elle essayait de lui laisser le sentiment qu’il contrôlait entièrement la situation.

Il était plein de certitude, impétueux, fougueux sans doute. Très sûr de lui en tous cas. Tout à fait sa came.

Il lui fallait du temps, qu’il prenne les devants. Elle l’a laissé revenir. Il n’aura pas fallu 10 min.

« Le paysage est magnifique avec cet éclairage »

Un poète maudit ; de mieux en mieux. Il pourrait lui soupirer du Baudelaire en lui faisant l’amour.

« Oui, c’est le genre d’éclairage qui sait mettre les choses en valeur »

Elle s’était retournée pour le regarder droit dans les yeux en disant cela. Il avait craqué. Ils avaient continué à échanger sur tout et rien. Surtout sur rien en fait. Il ne fallait pas que la magie cesse.

Et puis, il y avait eu cet arrêt au Creusot. Un homme la quarantaine, élégant, dynamique, avait annoncé au jeune gothique qu’il se trouvait à sa place. Le jeune homme c’était levé, s’était poliment excusé, en ajoutant que « vous savez ce que c’est que de prendre un billet au dernier moment dans un TGV », puis était parti. Dans un autre wagon. Loin.

La femme s’était aussitôt rembrunie. Adieu l’amant et sa jeune vie bouillonnante, sa peau douce, l’espoir d’un poème ; adieu la jouissance momentanée, la palpitation, les allers-retours entre ses jambes.

Elle avait rentré ses griffes, dissimulé à nouveau ses oreilles pointues sous sa chevelure blonde, et caché sa queue de fauve sous sa robe. Ce soir, le couguar rentrerait sans proie.

4 commentaires:

Coyote Crafty a dit…

Youhou !

Naginie a dit…

Un fantasme? :o

Potemkin a dit…

@Naginie : non, c'est une scène dont j'ai été le témoin impuissant.

Axl a dit…

Ah ah! Comme c'est mignon. :)

Vous étiez au moins...